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La fresque de Sainte-Barbe de l’église de Wissous

Sainte Barbe est honorée chaque année, traditionnellement par la commune de Wissous, le premier dimanche de décembre, en particulier au cours d’une cérémonie religieuse.

Dans les hagiographies de sainte Barbe, il est difficile de séparer la légende de l’histoire. L’Eglise, elle même, ne semble pas être absolument certaine que ce personnage ait existé. En 1969, Barbe, dont la fête est le 4 décembre, fut même remplacée par Barbara dans le calendrier liturgique.

C’est donc avec la plus grande prudence que nous relatons le récit de sa courte existence telle que la raconte les historiens en particulier Siméon Métaphraste au Xe siècle et Baronius dans le « Martyrologue romain » publié en 1582.

Barbe au moment des événements qui ont conduit à son martyre vivait à Nicomédie (aujourd’hui Izmit) un port de la région de Bithynie en Turquie au bord de la mer Marmara. D’autres sources, apparemment moins crédibles, situent les faits à Héliopolis en Egypte près de la ville actuelle du Caire.

La date du martyre de Barbe est aussi incertaine. Il est probable qu’il s’est déroulé au cours d’une période de persécution à l’intérieur de l’empire romain. On a le choix entre l’année 235, sous le règne de l’empereur Maximin I dit « Le Thrace » ou, mais c’est peu probable, vers 303 sous celui de Maximien. D’autres historiens placent le martyre sous le règne de Maximin II Daïa proclamé César à Nicomédie en 306 et Auguste en 310.

Pour Siméon Métaphraste, Barbe a été martyrisée à Héliopolis, alors que régnait le tétrarque Galère (293-311).

Venons en maintenant aux événements proprement dits. Le père de Barbara, un riche satrape du nom de Dioscore, était un païen convaincu. Quand il partait en voyage il enfermait sa fille, dans une tour éclairée par deux fenêtres, pour la protéger de tout ce qu’il considérait comme des dangers.

Au cours d’une de ces absences, Barbe fut instruite dans la religion chrétienne et baptisée par un prêtre qui réussit à se faire passer pour un médecin afin d’être autorisé à entrer dans la tour. Barbe fit ouvrir dans celle-ci une troisième fenêtre pour symboliser ainsi la Trinité. Au retour de son père, Barbe lui avoua sa conversion. Son père, fou de rage, la dénonça à Martinianus (Marcien) le préfet de la province. Celui-ci la fit arrêter et torturer. Barbe refusant de renier sa foi, Marcien la condamna à la décapitation et chargea son père d’exécuter la sentence, ce que celui-ci s’empressa de faire. Sur le chemin de retour, Dioscore fut frappé par la foudre et réduit en cendres.

Barbe fut enterrée en même temps qu’une autre martyre suppliciée avec elle, Juliana (Julienne de Nicomédie), par Valentin un homme charitable. La tombe de sainte Barbe devint un lieu de pèlerinage, jusqu’à ce que ses reliques soient dit-on transportées à Torcello près de Venise.

Naturellement ce récit fit au cours du temps l’objet de nombreux ajouts pittoresques pour impressionner les fidèles et que l’on retrouve dans l’iconographie.

Le culte de sainte Barbe se répandit rapidement en Grèce et en Syrie et plus tard en Russie. Ce n’est qu’au XVe siècle qu’il apparaît en occident en particulier en Allemagne. On peut donc penser que la fresque de sainte Barbe de l’église de Wissous, datant du début du XVIe siècle, a été réalisée peu de temps après l’introduction du culte de la sainte en France.

Sainte Barbe fut rapidement honorée pour son pouvoir de protection contre la foudre et les incendies et celui d’assurer une bonne mort.

Elle devient patronne des artilleurs en 1529, puis des mineurs, des carriers et plus tard des sapeurs pompiers quand ce corps est créé par Napoléon I.

L’iconographie de sainte Barbe, la représente à proximité d’une tour à trois fenêtres et tenant à la main la palme du martyre. On y voit parfois un canon à coté d’elle.

La fresque de l’église saint Denis de Wissous, classée Monument Historique en 1905.

Située dans la nef latérale du XVe siècle, cette fresque de sainte Barbe a été longtemps recouverte de plâtre, et oubliée. Ce n’est qu’en 1880, lors de travaux, qu’elle fut redécouverte. Elle présentait des mutilations par martelage datant de la Révolution. Elle était l’élément central d’un autel qui devait également posséder deux retours perpendiculaires au mur de l’église sur lequel est la fresque. La présence, sur le côté droit de celle-ci d’une piscine servant au lavage des mains des officiants, est une preuve qu’on y disait la messe à cette époque.

Cette fresque, a été exécutée au début du XVIe siècle, car les personnages y figurant sont revêtus d’habits du règne de François I° et les légendes écrites en caractères gothiques caractérisent cette époque. Ce type de peinture murale est très rare en Ile de France.

Elle comporte 6 panneaux représentant chacun une scène du martyre de la sainte.

La première scène en haut à gauche, montre Dioscore le père de Barbe tombant à la renverse de saisissement quand celle-ci lui apprend sa conversion, et en surimpression le même Dioscore apparaît menaçant sa fille de son épée, après s’être relevé. Barbe s’échappe par une brèche qui s’est ouverte miraculeusement dans la tour.

Dans la suivante, Barbe s’étant enfuie dans la campagne est poursuivie par son père et ses gens. Un berger indique à Dioscore sa cachette, mais il est aussitôt changé en statue de pierre et ses moutons en sauterelles.

Dioscore ramène sa fille au château, où elle est déshabillée et fouettée pour qu’elle abjure.

Le quatrième panneau, en bas à droite, montre Barbe dans la tour où, devant son refus de renier sa foi, son père l’a enfermée. Elle exhorte celui-ci à se convertir.

Dans le panneau suivant nous voyons Barbe dans la tour, distribuant des aumônes à des pauvres.

Le dernier représente sainte Barbe accueillie au ciel tenant la palme du martyre.

Il est évident que des scènes ont disparu, en particulier celles de la décapitation de sainte Barbe et de la punition subie par Dioscore, lesquelles étaient les plus aptes à impressionner les fidèles.

Les artistes mettaient souvent, dans leurs compositions, leur vision personnelle ou celle de leur commanditaire. Ainsi la scène représentant Barbe faisant la charité dans sa tour, n’est relatée nulle part à notre connaissance, et n’est pas crédible compte tenu de la situation de prisonnière de la sainte. Cette scène n’avait qu’un but pédagogique.

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Saint-Denis, patron de l’église de Wissous

L’église de Wissous a été construite et vraisemblablement consacrée au 12e siècle. Nous ne lui connaissons pas d’autre patronyme que celui de Saint-Denis. Le site de Wissous existait préalablement mais nous ne savons pas si un autre sanctuaire avait précédé l’église actuelle.

Sainte Geneviève avait une dévotion particulière pour Saint-Denis dont le nom apparaît pour la première fois dans l’ouvrage « Vie de Sainte Geneviève » vers 520. Elle fit ériger une église à l’emplacement de son tombeau au « Vicus Catulliacus ». C’est à partir de cette époque que se développa une importante dévotion pour Saint-Denis dont le nom fut donné à de nombreux sanctuaires.

Le roi Dagobert, au VII° siècle, fit reconstruire l’église érigée par Sainte Geneviève, qui devint abbatiale et nécropole des rois de France.

La vie de Saint-Denis est entourée de mystère et de légendes. Il est considéré comme le premier évêque de Lutèce, la future capitale de la France. Certains auteurs, pour des raisons politiques, situent son existence au 1° siècle afin de faire croire que Denis a connu les apôtres. Volontairement ou involontairement des chroniqueurs l’ont confondu avec d’autres Denis.

Il meurt martyr, le plus vraisemblablement, entre 250 et 270 après JC et est enterré à l’emplacement de la basilique Saint-Denis.

Son existence est également mentionnée par Grégoire de Tours (538-594 après JC) dans son « Histoire des Francs ». D’après lui, à l’époque de l’empereur Dèce, Denis se rendit à Rome accompagné du prêtre Rustique et du diacre Eleuthère pour y rencontrer le pape Saint Fabien.

D’autres sources, moins crédibles, placent cet épisode au 1° siècle à l’époque du pape Saint-Clément.

Le pape envoya Denys, (du grec Dionysos), vers 250, évangéliser la région de Lutèce. Denys repartit avec ses deux compagnons et serait entré dans Lutèce par la porte Saint-Jacques. Il prêcha la nouvelle religion et convertit beaucoup de païens. Plusieurs chapelles furent construites. Les autorités romaines, alarmées par la progression du christianisme, déclenchèrent à la demande des empereurs Dèce, Valérien et Dioclésien, une vague de persécutions dont fut victime Denis. Avec ses compagnons il eut la tête tranchée au lieu qui porte le nom de Montmartre ou Mont des Martyrs.

Selon la légende, propagée par la chronique « Les Vies de Saint Denis » à l’époque carolingienne, son corps se releva et Denis prenant sa tête entre ses mains marcha pendant 6 kilomètres jusqu’à un lieu appelé maintenant Saint-Denis. Il remit sa tête à une femme romaine appelée Catulla et s’écroula. Il fut enseveli à cet endroit.

Suivant d’autres écrits plus crédibles, Catulla décide de s’emparer des corps par ruse et de les enterrer dans un champ de sa propriété à l’emplacement de l’actuelle basilique Saint Denis.

Le patron de notre église n’est pas à confondre avec le célèbre théologien Denis

l’Aréopagite, disciple de Saint Paul, avec lequel il a été confondu trop souvent.

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L’envol de la flottille aérienne de Dupuis-Delcourt de Wissous le 7 novembre 1824

DE WISSOUS, DUPUIS-DELCOURT S’ENVOLE POUR LA PREMIERE FOIS AVEC SA FLOTTILLE AERIENNE

C’est en faisant des recherches sur l’histoire de Wissous pour réaliser une monographie sur la commune que j’ai fait connaissance de Jean François DUPUIS DELCOURT. Ce pionnier de l’aéronautique m’était complètement inconnu comme cela doit être le cas pour tous ceux qui ne sont pas spécialistes de cette activité. Pourtant comme je vais essayer de vous le montrer il mérite mieux que l’oubli dans lequel il est tombé.

Au cours de mes recherches, j’ai découvert que c’est à Wissous que DUPUIS DECOURT avait réussi à faire décoller pour la première fois son étrange et expérimentale « flottille aérostatique ». Cette expérience s’est déroulée le 7 novembre 1824 à partir du parc du château de Montjean.

Pour en savoir un peu plus, j’ai consulté les archives du musée de l’aviation du Bourget.

En plus du compte rendu détaillé du vol du 7 novembre 1824, j’ai pu avoir connaissance de sa biographie qui m’a permis de me rendre compte des mérites de cet aéronaute méconnu et donné l’envi de le sortir de l’oubli au moins dans ma commune.

Jean-François DUPUIS-DELCOURT est né le 25 mars 1802 à Berru petit village à l’est de Reims qui a été rayé de la carte lors de la première guerre mondiale. Il se passionne très jeune pour l’aérostation et à 22 ans, au prix de difficultés techniques et financières énormes, il réussi à construire sa « flottille aérienne », constituée d’un ballon central entouré de quatre autres ballons plus petits. Il pensait que son dispositif lui permettrait d’avoir une certaine possibilité de diriger sa flottille sans être entièrement à la merci des vents.

Un essai infructueux de la faire décoller s’est déroulé le 13 juin 1824 à partir du Champs de Mars. La deuxième tentative, cette fois réussie, a donc eu lieu à Wissous

Cette ascension fut suivie de beaucoup d’autres sous le règne de Louis Philippe, certaines la nuit ou sur deux jours avec étape.

En 1842, lors d’une ascension, l’oxyde de carbone qu’il avait mélangé à l’hydrogène faillit lui coûter la vie.

A cette époque, il étudia un appareil destiné à lutter contre la grêle « l’électro substracteur ». C’était un ballon allongé en cuivre équipé de pointes et retenu au sol au moyen de câbles métalliques. Un prototype fut réalisé mais ne put s’élever. Il finit à la ferraille.

En 1847 au cours d’une expérience à Bruxelles, avec le ballon à hélices du docteur Van Hecke, son passager ayant sauté de la nacelle sans prévenir, le ballon repartit à une très grande hauteur qui malheureusement n’a pas été mesurée.

Il travailla aussi dans les années 1850 sur un dirigeable à hélice et gouvernail de profondeur, ce qui était nouveau à l’époque.

Mais la grande passion de DUPUIS-DELCOURT aura été de collectionner tout ce qu’il a pu sur l’art aérostatique. Il a connu toutes les personnes importantes de ce domaine durant sa vie.

Malgré ses faibles ressources et même son dénuement, il a amassé une collection considérable qui après sa mort passera entre divers mains pour enfin être conservée par le Musée de l’Air, ce pour quoi DUPUIS-DELCOURT s’était battu toute sa vie.

En 1852, il fonda la Société Aérostatique et Météorologique de France. Il publia de nombreux ouvrages en particulier le Manuel de l’Aéronaute qui eu une grande influence sur le milieu de l’aérostation jusqu’en 1900.

Un peu touche à tout, il s’occupa d’art dramatique, dirigea des théâtres, écrivit des pièces et même tenta de se lancer dans la fabrication du sucre.

C’est en 1857 qu’il eut l’idée qui le fait réellement passer à la postérité. Il publie « Considérations sur l’utilité de la fondation d’un Musée Aérostatique ». L’idée, de ce qui deviendra le Musée de l’Air, est lancée mais ce n’est qu’après la première guerre mondiale qu’elle fut reprise et concrétisée réellement après la seconde.

DUPUIS-DELCOURT décède le 2 avril 1864 dans la plus grande pauvreté. Heureusement ses chères collections, après bien des vicissitudes, sont maintenant au Musée de l’Air dont le premier il avait lancé l’idée.

La fameuse journée du 7 novembre 1824 à Wissous

La période n’était pas très favorable, mais DUPUIS-DELCOURT depuis son échec du Champs de Mars en juin était impatient de retenter l’expérience. Après bien des recherches, le Duc d’Aumont lui proposa de mettre à sa disposition le parc de sa propriété de Montjean à Wissous pour son nouvel essai lequel fut fixé au 7 novembre.

Ce premier envol de la flottille aérienne n’était pas destiné à tester sa maniabilité, mais seulement dans un premier temps à observer son comportement en l’air.

Le temps était maussade, les nuages bas et il avait plu dans la matinée.

A 15h15, la flottille, où avaient pris place DUPUIS-DELCOURT et son collaborateur J.M. RICHARD, s’éleva devant une quinzaine de personnes dont la duchesse d’Aumont. Le vent étant très faible la flottille monta verticalement de 600 mètres et entra dans les nuages qui cachèrent le sol aux aéronautes.

Après avoir traversée lentement plusieurs couches de nuages jusqu’à 1400 mètres, la flottille fut propulsée rapidement à 2200 mètres. Soumise à des vents instables et tourbillonnants, elle décrivit alors des courbes qui la ramenaient au dessus du domaine de Montjean.

Etant redescendue à 1850 mètres, la flottille s’est dirigée vers la Seine qu’elle a traversée au niveau de Choisy le Roi. Elle se mit alors à décrire des ellipses qui la ramenaient au même point. La température était tombée à 3 degrés au dessous de zéro.

Les aéronautes ont pu alors observer le paysage sur 45 kms environ. La flottille passa au dessus du confluent de la Seine et de la Marne et se dirigea entre Choisy le Roi et Thiais.

Par mesure de sécurité ils actionnèrent la soupape, mais celle-ci semble t il se coinça ce qui occasionna une descente rapide de la flottille. Ils jetèrent tout le lest restant et touchèrent sans dommage le sol dans un champ labourée à 16h 05.

Ils avaient emmené avec eux un petit chien pour étudier sa respiration en altitude. Il ne fut pas affecté bien que la flottille s’éleva jusqu’à 2600 mètres.

Le ballon principal continuant à se dégonfler DEPUIS-DELCOURT décida d’arrêter là l’expérience et les aéronautes se rendirent à Choisy le Roi accompagnés d’une foule nombreuse accourue à la vue de la flottille.

Un procès verbal de cet atterrissage fut établi par des personnalités de Choisy le Roi ayant assisté à l’événement.

Je milite depuis de nombreuses années pour que cet événement soit signalé par une plaque apposée dans l’enceinte du domaine de Montjean. L’inauguration de cette plaque pourrait donner lieu à une manifestation à laquelle seraient conviés le Musée de l’Air et les associations d’aérostation. Une présentation de ballons pourrait être envisagée à cette occasion.

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Il était une fois l’Arpajonnais à Wissous

A la fin du 19e siècle, le Hurepoix, grande plaine fertile essentiellement agricole, manque de communications avec le « le ventre de Paris » ce qui freine son expansion.

En 1876, les communes concernées du sud de Paris, dont Wissous, demandent la construction d’un chemin de fer les reliant directement à la capitale. Le but de cette ligne est de transporter les voyageurs mais surtout d’acheminer les produits maraichers et agricoles vers les halles centrales de Paris rénovées en 1866 par Baltard.

Son importance économique attise les rivalités. Différents projets sont étudiés puis abandonnés. Finalement une convention est signée entre le ministre des travaux publics et la « Compagnie des chemins de fer sur la route d’Arpajon » ( CPA) le 13 février 1891 par le président de la République Sadi Carnot. Ce tramway a été nommé « L’Arpajonnais » par la suite.

Wissous a été naturellement partie prenante concernant ce projet qui l’intéressait au premier chef en tant que commune agricole. Les municipalités de l’époque ont eu à délibérer de nombreuses fois sur ce projet en particulier sur le trajet de la ligne.

En effet au début du projet la ligne longeait la nationale 20 de la porte d’Orléans jusqu’à Arpajon et ne passait pas par Wissous. Le 29 juin 1886 le conseil municipal de Wissous demande une modification du trajet pour que la commune Wissous soit desservie et propose de verser 8000 francs pendant 10 ans pour obtenir ce détour.

Cette modification, appuyée par les communes de Morangis et de Chilly Mazarin qui pourront en bénéficier, est acceptée. Dans un premier temps il est prévu que le train traverse le centre du village.

Le conseil municipal demande avec succès une modification du trajet.

Après la décision de faire passer l’Arpajonnais par Wissous, il était prévu que le train, depuis la nationale 20 à Antony, emprunterait l’actuelle RD 167 ( la route d’Antony). La traversée de la ligne stratégique (la ligne C) posait d’importants problèmes techniques aussi le trajet fut modifié. Il fut décidé que le train longerait la nationale 20 jusqu’au petit Massy en passant sous le pont existant de la ligne stratégique. Au petit Massy, il bifurquerait à gauche pour emprunter sur le bas côté nord la nationale 32 Paris à Brunoy (maintenant Pavé de Wissous, rue André Dolimier)

Le conseil municipal entérine ce nouveau trajet le 25 juin 1894. Une enquête publique sur ce nouveau trajet se déroule entre le 3 juillet et le 6 aout 1894.

Des travaux avaient déjà été effectués sur le trajet original et l’emprise prévue comportait l’impasse de Château gaillard et l’allée de Verdun et des Anciens Combattants. Ces emprises ont été récupérées ensuite par la commune.

Les travaux de construction de la ligne commencent en février 1891. C’est dans le courant de 1895 que la commune de Wissous commença à être desservie par l’Arpajonnais. Celui-ci traversait la rue Dolimier pour s’engager dans une emprise occupée maintenant par la rue Louis Boussard.

C’est au niveau de cette traversée de la rue Dolimier que l’Arpajonnais tua le 7 décembre Jules Alexandre Bongre âgé de 37 ans ouvrier agricole conduisant un attelage. Une stèle commémorative de ce drame fut érigée près de là, en limite séparative du domaine communal, par la communauté agricole de Wissous.

Le terrain jouxtant la stèle a été vendu en 2011  la stèle mémorielle, plus que centenaire, fut envoyée à la décharge.

La gare était située à l’emplacement du bâtiment moderne occupé par les Petits Loups. L’ancien bâtiment qui après acquisition par la commune avait accueilli la première pharmacie de Wissous a été rasé au début des années 1980 alors qu’il était encore solide et aurait pu être réutilisé. C’était une des rares gare de l’Arpajonnais encore debout.

La ligne traversait ensuite la rue George Colin actuelle et poursuivait son trajet par la rue du Chemin de Fer pour se diriger vers Morangis.

Elle avait 37 kms de long dont 5 kms dans Paris.

Au début, la traction de l’Arpajonnais se faisait à vapeur avec tous les inconvénients (fumées, odeurs escarbilles, bruits …) pour les passagers et les riverains.

La ligne est électrifiée jusqu’à Antony à partir de 1901. Un changement de motrice s’effectue pont d’Antony.

A partir de 1904, le conseil municipal de Wissous demande régulièrement l’électrification de l’Arpajonnais jusqu’à Arpajon ou au moins jusqu’à Wissous. Pour la Cie PA cela n’est pas envisageable, car il aurait fallu créer une nouvelle usine électrique à Antony, celle de Montrouge ne pouvant assumer le transport électrique sur une aussi grande distance.

Notre commune demande aussi une augmentation de la vitesse des tramways en particulier voyageurs qui est fixé contractuellement à 15 km/h en agglomération et à 25 km/h ailleurs. Celle-ci ne fut pas modifiée et la lenteur de l’Arpajonnais devint de plus en plus un handicap.

Wissous se plaint à plusieurs reprises du mauvais service du tramway (horaires, fréquences, éclairage, …)

Les déplacements avec l’Arpajonnais sont l’objet d’articles humoristiques dans la presse dont Wissous est la vedette.

Le 18 juin 1922, un enfant de Wissous, Maurice Raymond Vallet, a les deux jambes sectionnées à Antony par l’Arpajonnais. Transporté à l’Hôpital des Enfants Malades il est opéré avec succès et sauvé. La commune prend en charge les dépenses. Il a été jusqu’à la fin du siècle dernier une figure courageuse de Wissous malgré son handicap.

C’est à Wissous que se produisit le dernier accident de l’Arpajonnais. Le 8 avril 1936 il déraille à 100 mètre de la gare et la motrice vient heurter une tourelle de la propriété de Château Gaillard. Cet accident fit deux blessés dont un grave : le conducteur.

La ligne concurrencée par les véhicules automobiles n’était plus rentable, et cessa ses activités au cours de l’été de la même année. Au mois d’octobre 1936 la commune de Wissous fut desservi e par des bus.

En 1901, Wissous avait 776 habitants et deux gares sur son territoire desservies par deux lignes de chemin de fer. Aujourd’hui, notre commune a plus de 6000 habitants et aucun train ne s’y arrête.

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Wissous pendant la Première Guerre mondiale

A la déclaration de la guerre le 3 août 1914, Wissous comptait environ 850 habitants. C’était un village essentiellement agricole. Le maire était Charles Henri Legros.

Tous les hommes en âge de porter les armes sont mobilisés et en particulier M. Maurice Lespagnol le directeur de l’école des garçons. Ceux-ci furent privés d’enseignement pendant un an, jusqu’à l’arrivée en 1915 d’une institutrice belge Mme André. Fin 1916 Melle Guillemet remplace M. Lespagnol toujours mobilisé.

Mademoiselle Marie Besnard directrice de l’école des filles, utilise l’argent consacré aux récompenses scolaires ainsi que celui de quêtes, à la confection par les élèves de colis pour les « poilus ». Les colis étaient accompagnés de mots écrits par les enfants. Ces lettres et les remerciements des soldats ont été rassemblés dans un recueil par Melle Besnard. La famille de celle-ci en a fait don à la commune.

Pendant toute la guerre, le corps enseignant de Wissous était entièrement féminin.

Pour protéger l’aérodrome militaire d’Orly, une batterie de DCA fut installée à l’est de la rue Neuve (actuellement rue Guillaume Bigourdan). Les serveurs étaient hébergés dans le village.

Le château de Montjean fut transformé en centre militaire de convalescence pour les blessés.

En 1917 Wissous perd son garde champêtre M. Hansen qui est mobilisé à son tour.

Pour le chauffage, des coupes de bois sévères sont décidés en particulier au Bois Charlet.


Le tableau ci-dessous présente les soldats Morts pour la France suivant la date de leur décès et figurant sur le monument aux Morts de Wissous ou enterrés dans le vieux cimetière de la commune.

NOM Prénom date et lieu de naissance corps et recrutement date de décès

EN 1914

DELORD Michel 18/05/1874 sergent 26° Rég. Territorial 4 ou 14 août 1914

Mort à l’hôpital militaire du château de Montjean des suites d’une maladie contractée pendant son service

(ce soldat, mort pour la France, figure sur l’état civil de Wissous mais pas sur le monument aux Morts. Il est enterré dans l’ancien cimetière)

DEBACKER Henri, Clément 15/12/1886 à Wissous 2°cl au 279° R.I.(Versailles) 25/8/1914

Tué à l’ennemi à Courbesseaux en Meurthe et Moselle

ROBINET Emile, Eugène 5/03/1885 à Paris 1°cl au 289° RI (Versailles) 6/09/1914

Tué à l’ennemi à la bataille de l’Ourcq dans la région de Saint-Soupplets (Seine et Marne)

LEMERCIER Henri, Jean-Louis 23/09/1887 à Torfou S/Lt au 71°.I.(Versailles) 21/09/1914

Tué à l’ennemi à Auvelais (actuellement Sambreville) en Belgique

LAURENT Paul 2/11/1875 à Bouray 2° cl au 5° R.I.(Versailles) 25/11/1914

Tué à l’ennemi au lieu-dit ‘Le Godat’ dans le village de Loivre (Marne)

FEHRENBACH René 1886 1914

Tué à l’ennemi à la première bataille de la Marne

Informations privées, aucune fiche trouvée sur ce soldat qui ne figure pas sur l’état civil de Wissous

EN 1915

GRUE Georges, Prosper, François 9/10/1893 à Paris 2° cl au 150° R.I. (Versailles) 25/03/1915

Tué à l’ennemi au Mort-Homme (Meuse)

LESERTEUR Marcel, Jean-Baptiste 29/06/1895 à Paris 18° 2°cl au 169° R.I. (Versailles) 12/05/1915

Tué à l’ennemi au Bois Le Prêtre en Meurthe et Moselle

CHERON-LAMBERT Etienne 17/09/1881 à Wissous 2 cl au 289° RI 25/05/1915

Mort au camp de Wittenberg en Allemagne

BRONNER Jean, Alfred 18/7/1893 à Paris 2°cl au 26° R.I. (Seine) 1/06/1915

Mort à l’hôpital auxiliaire d’Amiens des suites de blessures

BOUDOT Lucien, Marie, Anselme 30/09/1881 à Crozant S/Lt au 39° R.I. 7/06/1915

Tué à l’ennemi à Neuville-St-Vaast (Pas de Calais) lors de la 1° bataille de l’Artois

EN 1916

FERNICLE Lucien, Paul 25/01/1887 à Wissous 2° cl au 26° Bat. de chasseurs (Vesrsailles) 20/01/1916

Tué à l’ennemi aux tranchées de Souain-Perthes-Les-Hurlus (Marne) par des éclats de torpilles

LOUVEAU Edmond, Jean-Baptiste 2/12/1873 à Carrière/Poissy 2° cl au 18° R.I. territorial(Versailles) 11/04/1916

Tué à l’ennemi à Tilloy-Est (Somme)

VAUDIN Charles, Marcel 11/12/1896 à Paris 6° Brigadier au 106° Rég. d’Artillerie Lourde (Versailles) 19/5/1916

Blessé mortellement à la Côte 106 au Verdonnet de Wacques commune de Souain-Perthes-Les-Hurlus (Marne) par des éclats d’obus

LACHELIER François Barthélémy 28/10/1896 à Paris 6° 26° Régim. d’artillerie (Seine) 10/07/1916

2° canonnier conducteur, tué à l’ennemi à Conchy-les- Pots (Oise)

BALU Alexandre Victor le 5/5/1873 à Wissous 59° Reg Territorial 4/10/1916

Disparu dans le torpillage du transport de troupes Gallia

PICARD Emile, Honoré 2/2/1888 à Wissous 2°cl au 113° R.I. (Versailles) 20/11/1916

Tué à l’ennemi à Douaumont au Ravin de Bazil

ZOLLA Bernard 1896 1916

Tué à l’ennemi à la côte 304 à Verdun lors d’une mission volontaire

Informations privées, aucune fiche trouvée sur ce soldat qui ne figure pas sur l’état civil de Wissous

EN 1917

LOUIS Jules, François 22/12/1876 à Corps Nuds 2° cl au 79° Reg Territorial (Versailles) 19/04/1917

Tué à l’ennemi à Nieuport (Belgique) par des éclats d’obus

CHARRON Eugène 12/09/1896 2° cl au 51° R.I. 5/5/1917

Tué à l’ennemi à ST Heurel-La-Neuville (Marne) ?

EN 1918

POUPINEL Jean, Charles Henri 27/11/1882 à Versailles Lt au 106° Reg. d’Artillerie (Seine) 8/04/1918

Mort à l’hôpital n°11 de Beauvais des suites de ses blessures

BARON Georges, Victor, Julien 1/04/1876 à Paris caporal au rég. de marche de la Légion (Seine) 26/04/1918

Mort de ses blessures au bois de Hangard , commune de Laventie (Somme)

DURAND Camille, Joseph 18/2/1882 à Wissous 2°cl au 19° R.I. (Versailles) 1/05/1918

Mort à l’asile de Bron des suites d’une maladie mentale consécutive à la guerre

ROUILLON Joseph, Isidore, Désiré 10/3/1897 à Wissous 275° Rég. d’Artillerie de campagne 26/7/1918

2° canonnier conducteur tué à l’ennemi par éclats d’obus à Saint-Rémy-Blanzy (Aisne)

LE PANNETIER René, Eugène 26/12/1889 à Laval 2° cl au 60° R.I. (Laval) 30/7/1918

Tué à l’ennemi à Ville-en-Tardenois (Marne)

DESPLACES Maurice, Alfred 15/09/1896 à Wissous 2° classe au 24° RI 12/08/1918

Tué à l’ennemi à Canny/Matz (Oise)

BARON Etienne 4/12/1896 à Wissous caporal au 83° RI 28/10/1918

Mort pour la France des suites d’une maladie contactée en service

(ce soldat mort pour la France figure sur l’état civil de Wissous mais pas sur le monument aux Morts)

SOLDATS ENTERRES DANS LE VIEUX CIMETIERE DE WISSOUS

Delord Michel sergent au 26° Rég Territorial décédé vers le 13 aout 1914 (ne figure pas sur le monument aux Morts

Corniau Pierre section coloniale mort le 11mars 1916 (ne figure pas sur le monument aux Morts)

Louveau Edouard J.B. mort le 11 avril 1916

Picard Emile mort le 24 novembre 1916

Durand Camille mort le 1° mai 1918

Commentaires : ce tableau rassemble les informations recueillies dans les archives. Il comporte 27 noms de soldats morts pour la France dont 25 des 28 soldats morts pour la France figurant sur le monument au Morts de Wissous.

Aucune fiche identifiable dans les archives officielles n’a été trouvée pour Louis Chéron, René Fehrenbach, Raymond Noisy, Eugène Verdier et Bernard Zolla.

Les informations sur René Fehrenbach et Bernard Zolla ont été données par la famille Mouchez.

Trois petits fils de l’Amiral Mouchez sont morts pour la France pendant la guerre de 14/18 : René Fehrenbach, Bernard Zolla et François Lachelier.

Pour figurer sur le monument aux Morts, il faut être né dans la commune, ou y être domicilié au moment de la mobilisation. La famille peut donner son avis.

Wissous a perdu 3,53 % de sa population dans les combats de la guerre de 14/18 soit environ 7% des habitants de sexe masculin, ce qui est légèrement supérieur à la moyenne nationale.

En 1926 les sections locales des anciens combattants ont demandé à la commune d’ajouter sur le monument aux morts les noms d’Emile Weibel et de Mary Arnoud morts des suites de leurs blessures après la fin de la guerre. Le conseil municipal de Wissous a refusé.

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Un marquis clandestin à Wissous pendant la Révolution

Mme Liliane VIDAL, membre du Cercle Généalogique de l’Essonne, nous a fait part de la découverte par son association dans les archives du département d’un fait inconnu et romanesque qui eut Wissous comme théâtre pendant la Révolution. Nous les en remercions. A partir de cette information documentée envoyée, nous avons fait des recherches pour compléter la connaissance des personnages.

Pendant la Révolution, nombre de membres de la noblesse ont émigré pour échapper à un triste sort. Ce ne fut pas le cas de Benjamin Léonor Frotier de la Coste-Messelière, Marquis de la Coste-Messelière. Ce rejeton d’une vieille famille du Poitou dont les lettres de noblesse remontent au 14° siècle, a préféré entrer dans la clandestinité à Wissous en y épousant sous un faux nom une roturière Rose Barbe Balleti, née le 6-11-1769, fille de cultivateurs sans doute d’origine italienne, le 27 nivose An II (16 janvier 1794). Le marié se déclare être Benjamin Eléonor Louis Frotier Lacoste âgé de 33 ans, né à Paris le 10-08-1760, date de la naissance du Marquis de la Coste-Messelière. Les recherches généalogiques ont aisément dévoilé l’identité du noble fuyard, se faisant passer pour un honnête ‘laboureur’.

Celui-ci venait de divorcer de Justine Saint-George de Vérac le 15-07-1793, dont il eut un fils. Il ne devait plus être en honneur de sainteté dans sa famille du fait de ce divorce et de sa mésalliance. Cela peut être aussi une explication à son entrée en clandestinité. Pour vivre heureux vivons cachés.

Mais qui était ce mystérieux Marquis, fils du comte Louis Marie Joseph Frotier de la Coste-Messelière (1725-1778) ? Il fut capitaine de dragons au régiment de La Rochefoucauld, mestre de cavalerie, ministre plénipotentiaire du roi et fut reçu à la cour en 1780. Elu député de la noblesse aux Etats Généraux de 1789,( du 22 mars 1789 au 30 septembre 1791) il prit des positions très libérales en particulier contre les privilèges du clergé. Il présida en 1790 la commission chargée de la liquidation des biens de celui-ci et en a bien profité pour racheté ses biens dans le Poitou. Prudemment, Robespierre étant toujours là et la terreur faisant rage, il disparaît momentanément dans la clandestinité au début de 1794*.

Après la chute de Robespierre, il continue à vivre à Wissous sous son nom d’emprunt et ne quitte la commune que 6 ans après s’y être réfugié. Partisan de Bonaparte, il réapparaît alors sous sa véritable identité et est nommé sous-préfet de Moselle le 19 germinal an VIII (9 avril 1800), puis préfet de l’Allier le 21 thermidor an X (13 aout 1802). Membre de la légion d’honneur le 25 prairial an XII (14/06/1804), il meurt subitement à Moulin à son poste, le 3 juillet 1806.

Pendant leur séjour à Wissous, le couple Frotier-Lacoste donne naissance à trois enfants ( deux garçons et une fille). En 1800 et en 1804, deux autres enfants naîtront, un garçon et une fille.

Sans tomber dans le sentimentalisme, on est porté à croire que la trajectoire romanesque du Marquis semble indiquer une véritable histoire d’amour entre celui-ci et sa deuxième femme épousée très peu de temps après son divorce. Sa réapparition publique tardive en serait aussi une autre preuve.

Il semble certain que les habitants de Wissous ont protégé le couple clandestin lui permettant de couler des jours tranquilles dans la commune en attendant des jours meilleurs.

* Selon une source, le Marquis aurait été arrêté au cours de l’An IV (du 23 septembre 1795 au 21 septembre 1796) comme émigré, traduit devant le tribunal criminel et acquitté. Cela semble peu plausible, puisqu’à cette époque il se cachait sous une fausse identité à Wissous.

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Le château de Villemilan de Wissous

L’existence d’un château à Villemilan à partir du 15° siècle, jusqu’à sa destruction en 1830 est signalée dans la monographie  « WISSOUS AU TEMPS JADIS » tome 1.  Ces informations reprenaient celles données par Henri Louis Désiré Breton,  instituteur en poste à Wissous, dans sa monographie communale et par l’Abbé Varaigne dans son ouvrage « Wissous et son église ».

La Société Historique et Archéologique de l’Essonne et du Hurepoix vient de faire paraitre un ouvrage sur tous les châteaux de l’Essonne  disparus. Un chapitre est consacré à feu celui de Villemilan. 

Le premier propriétaire connu du fief de Villemilan est Pierre de Tuillière en 1452. Il est chevalier et conseiller à la cour du parlement.

Selon un terrier de la fin du 16° siècle, le domaine s’étendait sur 220 arpents (150 sur Wissous et 70 sur Antony). 

  En 1574,  Le seigneur de Villemilan est Alain Ferrand lieutenant particulier au Châtelet, puis son fils ainé Antoine II, conseiller du roi, qui décède en 1639. En 1600, Marc Angouillan est le fermier du domaine et ce poste restera dans la famille jusqu’à Claude Angouillan décédé en 1645 laissant un important héritage.  La ferme est ensuite confiée à Claude Bloceau. En 1690, le fief  qui appartient à Antoine-François Ferrand Maitre des Requêtes,  s’étend sur 265 arpents dont 70 sur Antony.  Sa fille Marie Françoise  Geneviève hérite du domaine et épouse le marquis de Montboissier-Canillac, devenant la marquise Du-Pont-du-Château.Elle s’en sépare en 1730, ce qui donne lieu à plusieurs procès lesquels débouchent sur la vente en 1731 de la seigneurie de Villemilan à Yves Joseph Pommyer, écuyer, conseiller, secrétaire du roi. Les terres du domaine sont affermées à cette époque à Thomas Aubouin puis à Mathieu Aubouin et à sa femme Denise Le Loup.

Dans les années 1740, le fief et le château sont acquis par Barthélémy Thoynard, écuyer baron de Vouldy, fermier général de 1721 à 1752. De très mauvaise réputation, il est appelé l’Harpagon de la finance et traité de chiasse des hommes. Il accumule richesses et seigneuries jusqu’à sa mort en 1752. Ses biens sont mis en vente lors du décès de son épouse en 1768.

A cette époque, la seigneurie de Villemilan, comprend, la maison seigneuriale ou ferme, des bâtiments, une cour, des colombiers, un jardin, haute, moyenne et basse justice, chasse greffe, tabellionnage (actes notariés) cens et rente, terres, vignes, bois, le tout d’une surface de 490 à 495 arpents, ce qui indiquerait un accroissement considérable du domaine à l’époque de Barthélémy Thoynard.

Plan réalisé par Villeneuve en 1782

Elle devient ensuite la propriété de François Etienne Lenoir de Balay (ou Debalay), écuyer et fermier général. Suivant d’autres sources le sieur de Balay n’aurait acquis en 1745 qu’une petite partie du domaine.  En 1775 à la demande de Mathurin Aubouin, fermier de la seigneurie, un état des lieux indique que le fief de Villemilan ne couvre plus que 200 d’arpents (68 ha) sans compter le château et les bâtiments. Une vingtaine d’arpents (6,8 ha ha) sont occupés par le parc et les dépendances non soumis à la dime.  On n’a pas d’explication sur ces deux évaluations très différentes. Une partie des terres sont peut être sorties de la seigneurie.

Son fils, Michel Etienne ne sera jamais seigneur de Villemilan. Magistrat à la première Chambre des Enquêtes en 1789, il est arrêté le 17 décembre 1793 et accusé d’avoir signé ou approuvé des protestations tendant à méconnaitre la liberté de souveraineté du peuple, à calomnier la représentation nationale et à ramener le règne de la tyrannie. Il est guillotiné le 20 avril 1794. Son père décède en 1804 et sa mère en 1808. C’est un cousin, Jean Louis Bayle, qui hérite du domaine de Villemilan et en sera le dernier propriétaire. Il décède en février 1830 et la même année le château est détruit, sans que l’on sache dans quelles circonstances. Le domaine a probablement subi des perturbations lors de la Révolution et  on peut supposer qu’en 1830 il ne devait rester de celui-ci que des bâtiments peut-être pas en très  bon état. Il s’étendait à l’emplacement de la zone industrielle de Villemilan et de l’emprise des voies des autoroutes en partie sur Antony. Il est certain qu’à partir de la Révolution les terres ont été acquises peu à peu par les agriculteurs locaux, en particulier par la famille Aubouin qui en était les fermiers de père en fils au 18° siècle.

La seigneurie de Villemilan disposait de sa « justice »  (gibet à 3 potences) sise sur le Tartre des Hauts de Wissous qui figurait encore sur les plans de 1758.

Note : L’arpent était la mesure de surface sous l’ancien régime, mais il pouvait varier de 0,34 à 0,5 ha suivant les régions. Il semble qu’à Wissous l’arpent était  égal à 0,34 ha.

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L’église Saint-Denis de Wissous

L’église Saint-Denis de Wissous date du XIIe siècle, période de transition entre le roman et le gothique. Le clocher est roman à côté d’un chœur gothique. La voûte de la nef a été entièrement refaite en 1992-1993. Le bas-côté date du XVe siècle, et la chapelle latérale du XVIe siècle .Les deux ont été restaurées en 1988. La fresque de Ste Barbe située dans le bas-côté fut classée par les Monuments Historiques le 15 septembre 1905. Le 24 décembre 1913 l’Administration des Beaux Arts classa en entier le bas-côté ainsi que le chœur et le clocher.

L’église a fait l’objet de plusieurs restaurations dont la dernière en 2011 pour consolider ses fondations. Au cours des fouilles des restes humains ont été mis au jour à l’intérieur du sanctuaire et à l’extérieur le long du mur sud de celle-ci. Dans le soubassement de la façade des moellons taillés de l’époque romaine ont été trouvés.

I – L’EXTERIEUR

L’église, orientée est/ouest comme la plupart de ses contemporaines, a une longueur de 30 mètres. Elle était incluse dans la ferme seigneuriale et les paroissiens y pénétraient par un porche situé sur la face nord après avoir traversé le cimetière. Elle fut désenclavée en 1820, de façon à permettre aux paroissiens d’entrer par la porte principale sur la façade ouest. Le porche fut supprimé.

Il a été sérieusement envisagé de la détruire en 1904. Elle a été sauvée par le maire de l’époque.

LE CLOCHER

Il est roman et situé à la hauteur du choeur comme dans la plupart des églises romanes d’Ile de France. Il est terminé par une toiture en bâtière (à deux pans). A l’époque du gothique les clochers ne furent plus en général construits au même endroit ce qui eu pour conséquence de retarder leur réalisation. Trois cloches furent retirées en 1793 pour faire des canons. La cloche actuelle qui donne le ‘mi’ a été bénie en 1807 et s’appelle Denis patron de l’église. Il est rare qu’une cloche ait un prénom masculin.

Il mesure 28 mètres de haut. Des ouvertures de style gothiques ont malheureusement été ouvertes en 1904 dans la partie supérieure qui construite plus tardivement ne comportait pas d’ouvertures.

II – L’INTERIEUR

LA GRANDE NEF

Jusqu’en 1821, elle était seulement couverte d’une voûte en bois, modeste à côté d’un chœur et d’un collatéral voûtés de pierre. Elle était à la charge de la Fabrique donc des paroissiens aux revenus modestes, alors que les autres parties de l’église étaient du domaine du chapitre de Notre-Dame de Paris aux moyens autrement plus importants.

La voûte en bois étant en très mauvais état, elle fut remplacée en 1821, par une voûte en plâtre en forme de berceau. En 1904 lors des travaux de sauvetage de l’église elle fut dissimulée en construisant en dessous une voûte de style néo-gothique du plus mauvais effet.

En 1992 à cause des fissures importantes et inquiétantes, elles furent remplacées par une belle voûte en châtaigner ayant la forme d’une carène renversée de bateau comme cela se faisait au XVIe siècle. La nef retrouvait enfin un aspect proche de celui qu’elle devait avoir à l’origine.

Des ouvertures ogivales donnent accès au bas côté.

La plupart des vitraux de l’église a été réalisée par Lorin maître verrier à Chartres.

Les trois premiers vitraux dont de la famille Malot datent des années 1880 et représentent à partir du fond de l’église Ste Andrésine, à la mémoire d’un enfant décédé dont le portrait figure en dessous dans un petit médaillon, st Antoine, et Ste Genevièvre. Sur le dernier, saint Louis apporte à la Ste Chapelle les reliques de la couronne d’épines du Christ offertes par Beaudouin II de Constantinople.

Sur les hauts des piliers des croix peintes, marques de consécration de l’église, ont été mises au jour.

Sur le mur nord de la nef et sur les murs séparant celle-ci du chœur ont été placé trois tableaux récemment restaurés d’un petit maître italien du début du XVIIe siècle de l’école de Ferrare Ippolito Scarsellino. Ils sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1990.Ce sont : Couronnement d’épines, Jesus et les docteurs et Sainte Famille ou Nativité.

LE CHOEUR

C’est avec le clocher la partie de l’église la plus ancienne et la mieux conservée.

La décoration des chapiteaux s’inspire principalement des feuilles acanthe et d’arum sculptées maintes fois par les artistes romans.

Le chœur a été restauré en 1992, cette réfection a permis de dégager cinq niches très anciennes percées dans le mur Nord et bouchées depuis de longues années. Deux de ces niches sont séparées par des colonnettes qui datent du XIIe siècle comme le chœur.

Comme la plupart des vitraux de l’église, celui qui est situé derrière le maître autel est signé LORIN.

Il représente Le Calvaire et date de 1887, les deux autres représentent l’Annonciation et saint Michel restaurés en 1988.

La croix en pierre placée derrière l’autel est daté e de 1672 et provient d’un ancien calvaire qui se serait trouvé au croisement au bas du chemin de la Vallée. Sur une face figure un Christ et sur l’autre une Vierge à l’Enfant.

LE BAS-CÔTE

Il remonte à la fin du XVe siècle. Sur le mur qui le termine à l’ouest sont accolées deux ogives dont les retombées représentent des masques.

Auprès, se trouvent les fonds baptismaux restaurés au début du XVIIIe siècle et en avançant les statues de saint Denis et Jeanne au bûcher.

Les quatre vitraux en partant du fond de l’église ont pour thèmes :

Le baptême du Christ, Saint Pierre ( XVIe siècle), Le miracle des roses attribué par la légende à sainte Elisabeth du Portugal ou de Hongrie offert par le famille Legros, Ste Cécile offert par la famille Vallée.
Ces vitraux ont été restaurés en 1991.

LA FRESQUE DE SAINTE BARBE

La nef latérale comportait jadis au autel à sainte Barbe dont l’emplacement est indiqué par une fresque du début du XVIe siècle, facile à dater par le caractère gothique de ses inscriptions et l’allure des personnages habillés comme des seigneurs du temps de François Ier

Selon la légende Barbe fille de Dioscore, satrape païen de Perse, s’est convertie au christianisme contre l’opposition farouche de son père. N’ayant pas réussi à faire abjurer sa fille, Discore la décapita, mais il tomba aussitôt foudroyé, c’est pourquoi ste Barbe est devenue la patronne des métiers dangereux : sapeurs pompiers, mineurs, artilleurs.

La fresque qui devait avoir d’autres panneaux raconte cette légende. Les scènes se succèdent de haut en bas.en partant de la gauche.

1/ Dioscore apprenant la conversion de sa fille tombe à la renverse de saisissement puis se relevant menace, de son épée, Barbe qui s’échappe par une brèche miraculeusement faite dans la tour ou elle est enfermée.

2/ Dioscore poursuit Barbe qui s’est enfuie et se cache dans un taillis. Elle est trahie par un berger aussitôt transformé en statue de pierre et dont les moutons sont métamorphosés en crapauds.

3/ Dioscore ramène Barbe au château et la fait fouetter pour la contraindre à renier sa foi

4/ Devant son refus elle est enfermée dans la tour d’où elle continue à clamer sa foi à son père.

5/ A l’insu de son père elle fait la charité aux pauvres.

6/ Ste Barbe est accueillie au ciel avec la palme du martyr présentée par un ange.

La fresque portait la trace de coups, spécialement sur la tête de certains personnages (donnés probablement pendant la terreur)

Cette fresque recouverte de plâtre est restée invisible jusqu’en 1880. Malgré ses mutilations, elle est d’autant plus intéressante que les peintures murales sont très rares dans les environs de Paris. Aussi a-t-elle été classée dès 1905.

En 1976 des peintres l’ont admirablement restaurée. Ils ont supprimé les traces de coups, et reconstitué les dessins des six panneaux.

Au bas de la fresque à droite une niche appelée piscine recevait selon un rite abandonné au XVIe siècle l’eau qui était versée sur les doigts du prêtre, pour les purifier à la fin de la messe. Elle s’écoulait à l’extérieur par un trou actuellement obstrué.

LA CHAPELLE LATERALE

On accède à celle-ci par une ouverture ogivale du XIIe siècle dont les chapiteaux sont dissymétriques puis en passant sous le clocher et une voûte d’arrêtes caractéristique de la fin de l’époque romane.

Elle remonte au XVIe siècle. Sa voûte repose sur des chapiteaux très usés en forme de choux frisés. Les retombées des ogives étaient assez abîmées sauf celle qui se trouve près de la sacristie où l’on peut admirer une superbe chouette. Les autres figures datent de la restauration en 1988 qui a également mis au jour des peintures représentant:

sur le côté droit deux pèlerins de Compostelle qui, détail inhabituel, partent en sens opposé. On peut imaginer que l’un part et que l’autre revient. On devine aussi à droite du vitrail central une Vierge à l’Enfant.
sur la voûte : des anges portant les instruments de la crucifixion.

Les vitraux de la chapelle représentent : au fond la Sainte Famille selon Raphaël ; sur le côté sud: deux médaillons : la Vierge à l’Enfant et saint Georges.

L’autel placé au fond de la chapelle est de style Louis XV. Sa partie inférieure est beaucoup plus élégante que le tabernacle entouré de colonnettes imitant les temples grecques.

LA SACRISTIE

Une inscription gravée dans le mur indique la date de sa construction : 1636. Sa porte d’origine d’une solidité à toute épreuve, pèse 100 kg Elle est fermée par une serrure d’époque dont le pêne mesure 75 mm et par un verrou qui bloque une autre serrure.

Un médaillon en bois représentant une Vierge à l’Enfant du XVIIIe siècle provenant du siège seigneurial (réservé aux chanoines du Chapitre de N.D. de Paris) qui servit de banc d’œuvre jusqu’à la restauration de l’église en 1904. Il est actuellement entreposé sur la tribune de l’église.

Le chêne qui se trouve devant l’église a été planté en 1920.

Cette note explicative est largement inspirée de la brochure « L’EGLISE DE WISSOUS » extraite du livre « WISSOUS ET SON EGLISE » de l’abbé Varaigne.

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Histoire du château de Montjean de Wissous

Le lieu sur lequel est situé le domaine de Montjean apparait dans l’histoire en 1661. Il n’y avait pas encore de château mais une propriété avec une ferme qui appartenaient au sire Jacques de Beauvais. Sur les plus anciens documents le site est appelé Mont-Jean. Il est fort probable que ce nom vient d’un des propriétaires de cette butte qui domine la vallée où coule le cours d’eau que l’on appelle maintenant ru de Rungis.

Au XVIIIe siècle le domaine passe dans les mains de François Ferrand intendant de Bretagne. Il n’y a alors qu’une maison bourgeoise servant sans doute de relais de chasse. Les propriétaires furent ensuite Jean-Charles-Joseph Lenoir conseiller au Parlement, M. Marcilly gentilhomme de la chambre du Roi et en 1795 et M. Lemoine qui fut un domestique de feu Louis XVI.

Le cadastre napoléonien de 1811 montre la présence du château actuel. Le style de celui-ci proche du château de la Vallée au Loups, indique qu’il a été construit au tout début du XIXe vraisemblablement par des généraux d’Empire. Henri Breton, directeur de l’école de Wissous de 1898 à 1912 signale l’existence, à Montjean, d’un petit cimetière où étaient enterrés deux généraux du 1° Empire. Ce cimetière a disparu depuis.

En 1817, deux propriétés accolées se partagent le site. L’une appartient au général marquis de Clermont-Gallerande (1744-1823) pair de France et l’autre au général-marquis de Chasseloup-Laubat.(1754-1833) pair de France

A la mort de Clermont-Gallerande, sa propriété passe en 1824 aux mains du duc Louis-Marie-Céleste d’Aumont (1762-1831) premier gentilhomme de la chambre de Louis XVIII. Peu après le 7 novembre de la même année Dupuy-Delcourt, un pionnier de l’aérostation et inventeur du Musée de l’Air, s’élève du parc de ce domaine pour la première fois avec sa flottille aérienne+.

En 1839, Auguste Rodolphe Darblay (1784-1873) riche maitre de poste, minotier, agriculteur, commerçant en blé et député de 1840 à 1851 achète les deux propriétés qui constituent le domaine tel que nous le connaissons actuellement.

En 1862, il cède le domaine à sa fille unique Jenny mariée à Henri Muret également maitre de poste. Jenny Muret a permis au Directeur des Eaux de la ville de Paris Eugène Belgrand (1810-1878) de relever en 1877 le tracé de l’aqueduc romain qui traverse de part en part le domaine de Montjean.

A la mort de Jenny en 1898 la propriété revint à son fils Henri qui habita le château épisodiquement. En 1900 Il fit raser les bâtiments résidentiels de l’ancien domaine de Chasseloup-Laubat laissant ce qui existe actuellement.

Le domaine de Montjean revient ensuite à M. Henry Poupinel et à son épouse née Muret petite fille de Jenny Darblay.

Pendant la guerre de 14/18 le château est converti en hôpital militaire pour la convalescence des grands blessés.

A partir de 1927, le domaine devient la propriété de M. Louis Muret, Louis Poupinel et des familles Lemercier et Louvrier descendants de Jenny Darblay. En 1940, il est entre les mains de Mme Gabrielle Louvrier née Poupinel et Louis Poupinel agriculteur à Torfou..

Pendant l’occupation, il est occupé par des troupes allemandes.

Après la guerre, il est peu habité et peu entretenu. Commence une lente agonie. Il est utilisé par Air France à partir de 1946 pendant 3 ans comme centre de formation en internat des hôtesses de l’air et des jeunes cadres.

Ensuite, c’est la décrépitude. Une seule personne pour un semblant de gardiennage maintient une présence dans le château. Les bâtiments sont abandonnés et toute la partie basse du domaine est transformée en décharge pour recueillr en particulier les gravats venant du chantier de l’autoroute proche. Cette décharge était prévue pour recevoir un million de m3 de détritus mais en fait ce fut 10 fois plus qui firent disparaitre la vallée du ru de Rungis. Les paysages et l’environnement de Wissous furent une nouvelle fois sacrifiés sur l’autel des intérêts économiques de la Région.

La décharge fermée, les bâtiments mal gardés et sans entretien subirent divers outrages et dégradations.

En 2002, l’ensemble du domaine de Montjean fut acheté par la commune avec l’aide financière du Conseil Général de l’Essonne pour ce qui concerne le parc d’une vingtaine d’hectares qui fut classé Espace Naturel Sensible.

Actuellement les bâtiments, à part quelques éléments, sont toujours à l’abandon et livrés aux intempéries. Ils constituent pourtant un ensemble, exemple rare d’une grande propriété du 19° siècle proche de Paris, comprenant outre le château, des granges, une écurie, une bergerie, une laiterie et une orangerie. Il serait dommage de voir disparaitre à tout jamais un témoin de cette valeur de notre patrimoine.

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Le Domaine de Montjean sous la Restauration

Selon les archives et des anciens plans, le lieu dit où est situé actuellement le château de Montjean, était appelé Mont-Jean. Jusqu’en 1795 au moins, il ne se trouvait à cet endroit qu’une maison bourgeoise qui ne méritait pas l’appellation de château. Celui-ci a été construit sous l’Empire.  

Sur le domaine, voient le jour pendant cette période, deux propriétés possédant chacune des bâtiments de résidences juxtaposés construits vraisemblablement par deux généraux d’Empire. D’après Henri Breton, un enseignant historien local, leurs tombes se trouvaient dans un petit cimetière situé dans le domaine de Montjean.

Sur le plan cadastral napoléonien ci-dessous, datant de 1811, on distingue les deux propriétés avec leurs bâtiments d’habitation associés. On peut remarquer que la route en lacets n’existait pas à l’époque. Ce n’est que vers 1900 qu’elle  figure sur les plans.  Les lacets ont diminué la pente de la route, ce qui a facilité la montée vers le château.

Cadastre napoléonien de 1811

Charles Georges de Clermont-Gallerande né à Paris, a suivi la carrière des armes et est nommé brigadier de cavalerie en 1780 puis maréchal de camp en 1784. Il reste fidèle à la monarchie et veille aux intérêts des Bourbons. Emprisonné pendant la Terreur, il est sauvé par la chute de Robespierre. A la première Restauration en 1814, il est nommé pair de France  puis lieutenant général. Il vote la mort du Maréchal Ney. C’est à cette époque qu’il acquit la partie sud du domaine de Montjean. Il se marie en 1771 avec Catherine Césarine de la Tour du Pin Gouvernet. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise. 

Au moment de la Restauration, les propriétés passent dans les mains de personnalités favorables à la monarchie. En 1817, celle située au sud appartient au marquis de Clermont-Gallerande (1744/1823) et celle du nord au général Chasseloup Laubat (1754-1833).

François Charles Louis de Chasseloup-Laubat est né en Saintonge dans une vieille famille bourgeoise ou noble suivant les sources. Il s’engage dans le métier des armes et se spécialise dans le génie. A la Révolution, il refuse d’émigrer et entre 1792 et 1796, se bat dans les armées de celle-ci dans l’est de la France. Il passe ensuite en Italie avec Bonaparte qui le remarque et l’apprécie pour sa maitrise des techniques de sièges des places fortes. En 1797, il est promu général de brigade. Il fait toutes les campagnes napoléoniennes et est nommé commandant en chef du Génie de la Grande Armée. Il est nommé comte d’Empire en 1808 et membre du Sénat en 1813. Il prend sa retraite peu après,  vote la déchéance de Napoléon et se rallie à La Restauration mais vote contre la mort du Maréchal Ney. Chargé d’honneurs il devient marquis en 1817. Il prête serment à Louis Philippe en 1830.Il s’était marié en 1794 avec une cousine née Fresneau de la Gautaudière. Il a acquis vraisemblablement la partie nord du domaine de Montjean, au début de la Restauration. Son nom figure sur l’Arc de Triomphe et une rue Chasseloup Laubat existe dans le 15° arrondissement de Paris.

A la mort du marquis de Clermont Gallerande, la partie sud du domaine de Montjean devient la propriété du duc Louis Marie Céleste d’Aumont (1762-1831).

Né à Paris, le Duc de Pienne, Marquis d’Aumont puis duc d’Aumont et de Villequier eut une vie mouvementée. Il entre dans la carrière des armes et est nommé colonel avant la Révolution. Il  devient premier gentilhomme de la chambre du roi Louis XVI en 1785 puis  pair de France à partir de 1799. Il reste toute sa vie fidèle aux Bourbons. Il émigre à la Révolution et fait carrière pendant celle-ci et l’Empire dans les armées étrangères combattant la France. A la Restauration en 1815, il est nommé Lieutenant général d’armée et couvert d’honneur et de décorations. Il épouse en 1781 Madeleine Mélanie Henriette Charlotte de Rochechouart qui décède  prématurément en 1790. Son mari volage, qui avait pour maitresse Mme de Rully, l’a rendue très malheureuse. Le duc d’Aumont se remarie en 1792 avec Françoise Fortunée Pauline de Chauvigny de Blot, veuve du comte de Rully  sa maitresse depuis de nombreuses années. La duchesse se sépare de son mari en 1817, car celui-ci  a une nouvelle maitresse, la baronne de Marguerittes. La duchesse d’Aumont décède en 1829.

En 1823, le duc d’Aumont devient propriétaire de la partie sud du domaine de Montjean et du château actuel. Le baron de Marguerittes devenu marquis, s’installe au château avec son épouse au titre d’intendant du domaine.

C’est de ce domaine que l’aéronaute Dupuy Delcourt s’envole pour la première fois avec sa « Nautique aérienne ». Montjean est également le cadre du mariage de Noémie la fille du baron de Marguerittes. C’est  à cette occasion que celui-ci offre un tableau de la Nativité à l’église de Wissous.

En troisième noce, en 1830, le duc épouse sa maitresse Eugénie Louise de Fontelay veuve du  baron de Marguerittes.

A sa mort en 1831, son fils ainé Adolphe Henri Aimery devient le nouveau duc d’Aumont et de Villequier et sans doute le nouveau propriétaire du domaine de Montjean.

Quelques années après, sans doute suite au décès du général Chasseloup-Laubat en 1833,  les deux propriétés sont acquises par Auguste Rodolphe Darblay , maitre de Poste, meunier industriel, député et homme politique. Le domaine de Montjean est reconstitué.

Les bâtiments résidentiels de la partie nord sont détruits en 1900 par Jenny la fille d’Auguste Darblay.